jeudi, décembre 13, 2007

L'âge des ténèbres : Fiat ars, pereat mundus



À propos du dernier film de Denys Arcand. Loin de moi l'idée de le dénigrer comme bon nombre d'intellos branchouilles l'ont fait.


Il est certain que le dernier film de Arcand exploite un thème récupéré de nombreuses fois par les intellectuels de droite et de gauche: la déclin d'une société minée par l'individualisme narcissique en vogue. Mais le film en soi demeure très intéressant. On reste froid devant sa caricature excessive de la bureaucratie québécoise : un vague sourire tout au plus sur l'épisode du Feng Shui mais un rire franc pour l'idée de l'espace d'un kilomètre alloué aux fumeurs à l'extérieur de l'édifice gouvernemental. Bref, il faut prendre ce film pour ce qu'il est : un film divertissant et non pas comme une véritable critique sociale. Je m'explique.

L'ensemble des thèmes sociaux récupérés par Arcand dans son film sont depuis fort longtemps des lieux communs : la société de risque, le terrorisme, l'ennui, la dépression, la pollution, des adolescents sans conscience, l'irresponsabilité des autorités publiques, le capitalisme sauvage, le déclin des familles modernes, le virage ambulatoire en santé, etc. Sans oublier les nombreux exutoires imaginés et fantasmés par les individus qui veulent tromper la morosité de leur vie : la réussite professionnelle, le sexe, la fuite dans les jeux de rôles (hilarant cette partie du film). Donc, rien de nouveau sous le soleil. Certains peuvent trouver cela d'une prétention intellectuelle exagérée, mais cette prétention est naturellement contredite par le fait que les enjeux sociaux ne sont traités sous la forme d'une satire burlesque. Quelque chose d'équivalent aux films de Woody Allen par exemple. Si, vraiment, Arcand avait eu quelques prétentions intellectuelles bien fondés, ce film aurait été conçu de manière différente et de manière élitiste.

La fin du film est intéressante tout de même : banal certes, mais intéressante. La question du retour à la nature mérite notre attention. D'un côté, on peut à juste titre reprocher la solution facile que cela représente. Ce qui frappe, c'est le paradoxe fondamental qui résulte de cette utopie : non pas une réconciliation du sujet avec lui-même, mais la résignation de l'individu au fait que l'ennui doit impérativement être trompé d'une façon ou d'une autre. Autrement dit, Jean-Marc Leblanc, au même titre que les autres personnages du film, finit par s'ennuyer de la beauté de la nature. Tout ce qui lui importe c'est de s'oublier dans une activité quelconque, c'est-à-dire éplucher des pommes, charrier du foin, faire de la pêche à la ligne. Arcand parvient malgré tout à peindre avec perfection le paradoxe de l'idéal de l'homme moderne : l'homme cherche à s'oublier, au prix du sacrifice de son intellect, dans la routine. Jean-Marc Leblanc devient en quelque sorte un moine qui se réfugie dans sa propre intériorité, mais un moine qui n'est guidé par aucune vocation religieuse. Bref, ce qui lui reste, c'est de passer le temps jusqu'à ce que la mort le libère...

Si, vraiment, il y a des intellos néo-libéraux ou néo-cons qui pensent trouver dans le film de Arcand une source d'inspiration intellectuelle pour critiquer la société contemporaine, ils n'y trouveront pas grand chose de bien nouveau. L'important pour Arcand c'est le médium technique et je ne pense pas qu'ils puissent réellement en saisir la véritable signification. Comme le disait Marinetti : "Fiat ars, pereat mundus"; "Que l'art advienne, le monde dût-il périr".

vendredi, novembre 09, 2007

L'histoire en trop, l'universalisme en moins?

Le vingtième anniversaire de la mort de René Lévesque coïncide avec la parution du dernier numéro de Argument qui porte sur l'avenir de la notion d'indépendance du Québec. Il est tout de même étonnant de voir des intellectuels rechercher la solution à la question nationale dans un réinvestissement et une réappropriation intellectuelle de la trame conservatrice du nationalisme qui s'était perdue depuis les années 60 avec la mort de Duplessis et de Lionel Groulx. Sans être réactionnaire, le nouveau conservatisme des néo-souverainistes s'annonce plutôt sous des jours très favorables. La défaite humiliante du PQ et l'ascension vertigineuse de l'ADQ comme solution à court terme au vide postréférendaire est une occasion pour ces intellectuels de montrer qu'il s'agit là d'une nécessité politique que de reconstruire le projet historicisant du nationalisme québécois. Pas étonnant que le vide idéologique qui touche le Québec contemporain, héritage d'une gauche sociale-démocrate rendue impuissante par la loi du déficit zéro et incapable de séduire la frange progressiste de la classe moyenne (très minoritaire d'ailleurs), rend nécessaire un recentrage vers la droite du nationalisme québécois.

Je suis quand même en admiration devant la formidable intuition politique de ces nouveaux intellectuels nationalistes (Jacques Beauchemin, Mathieu Bock-Côté et Éric Bédard). Leurs écrits révèlent une sensibilité très aiguë de l'importance historique du bouleversement causé par les élection du 26 mars 2007. Mais je ne peux me résoudre à accepter la solution qu'il propose. Je suis tout à fait d'accord pour dire que le diktat du modèle progressiste montréalais a miné la crédibilité du nationalisme aux yeux de la frange plus conservatrice de la classe moyenne. Je ne dis pas que la solution est mauvaise en soi. Il faut reconnaître qu'elle est extrêmement conséquente. Je ne suis même pas révolté par le ton conservateur de leur réinvestissement du nationalisme post-référendaire.

Pourtant, libéral et fédéraliste que je suis, je me demande si ce réinvestissement du nationalisme par le conservatisme saura un jour se réaliser. D'abord, quel parti acceptera de s'en porter garant? L'ADQ? Acceptera-t-il de s'aliéner l'immigration au nom d'un réinvestissement historique du projet identitaire? C'est probable. Je pense que les Beauchemin, Bock-Côté et Bédard devront se résigner à prendre leur carte de l'ADQ.

Pour l'instant, les nationalistes "mainstream" (pensons au dernier livre de JF Lisée) tentent plutôt de jouer la carte du pluralisme identitaire, bien que cette tentative de ramener ce pluralisme à un "Nous" est quelque peu fantasmatique. Il est vrai que le projet d'une citoyenneté québécoise sera vain et inutile si on ne travaille pas d'abord et avant tout sur "l'éducation citoyenne" des nouveaux immigrants. L'intégration de ce pluralisme identitaire au sein d'un Nous québécois comporte comme conséquence que de situer l'argumentaire d'un projet de société essentiellement sur la question des droits des individus. Comme l'affirme Éric Bédard dans son article (Argument, automne 2007), le nationalisme québécois d'aujourd'hui aurait tendance à se "canadianiser" parce que les néo-souverainistes croient qu'en oubliant l'histoire au profit du droit, ils pourront couper l'herbe au pied des trudeauistes. Je suis d'accord avec ce pronostique: cette ouverture au pluralisme identitaire tue le projet historique du nationalisme québécois, peut-être avec raison. Après tout, peut-être que René Lévesque aurait préféré cette solution plutôt que d'enliser le nationalisme dans son versant ethniciste.

Attention. Je ne dis pas que, malgré tout, la solution fédéraliste canadienne est la meilleure. Mais je ne peux me résigner à sacrifier mon univeralisme libéral au profit du repli historiciste que propose les néo-souverainistes conservateurs. Bien que ces derniers ont une vision très réaliste des choses, mais leur solution consiste en une fuite raisonnée dans une forme de pensée historiciste bien loin des préoccupations des vrais politiciens.

lundi, août 06, 2007

Micheal Ignatieff et la responsabilité politique

Récemment, Micheal Ignatieff a publié un excellent essai dans le New York Time sur le problème de la responsabilité politique. Décidément, il remonte dans mon estime, pas parce qu'il a changé d'opinion sur la guerre en Irak, mais parce qu'il démontre en tant que politicien un sens du jugement que l'on rencontre rarement dans ce métier. Même Stéphane Dion, ayant été lui aussi prof de science politique comme Ignatieff, ne possède pas cet esprit. Ignatieff comprend entre autres qu'agir en intellectuel et agir en politicien démontre que la compréhension du politique s'inscrit dans des perspectives totalement différentes. Ignatieff s'inspire beaucoup de I. Berlin, mais nécessairement de Max Weber. Cette phrase résume bien cette influence :

"The philosopher Isaiah Berlin once said that the trouble with academics and commentators is that they care more about whether ideas are interesting than whether they are true. Politicians live by ideas just as much as professional thinkers do, but they can’t afford the luxury of entertaining ideas that are merely interesting. They have to work with the small number of ideas that happen to be true and the even smaller number that happen to be applicable to real life. In academic life, false ideas are merely false and useless ones can be fun to play with. In political life, false ideas can ruin the lives of millions and useless ones can waste precious resources. An intellectual’s responsibility for his ideas is to follow their consequences wherever they may lead. A politician’s responsibility is to master those consequences and prevent them from doing harm."

L'intellectuel en politique est un être fondamentalement naïf s'il ne prend que ses convicitions comme l'ultime mesure de son action politique. Et c'est là le piège. Dans la mesure où il ne possède pas de pouvoir politique, l'intellectuel ne peut que réfléchir la politique en moralisateur. Parce qu'il ne peut traduire sa pensée en action, la morale lui permet de sublimer son impuissance et de construire sa crédibilité sur son unique capacité à tout moraliser. Micheal Ignatieff dit quelque chose d'important : c'est précisément parce que l'intellectuel fonde son action sur des "big ideas" qu'il est à des lieux du politicien qui lui, agit en fonction des événements. Définitivement, le politicien a quelque chose à apprendre aux intellectuels : ce n'est pas le fait qu'une vérité doit être vraie ou fausse qui importe, mais si elle influencera positivement ou négativement la vie de millions de personnes. C'est pourquoi je n'ai jamais voulu moi-même me donner l'étiquette d'intellectuel. Trop près de ses idées, mais pas assez de la réalité.

mercredi, mai 02, 2007

Suis-je un héritier de Trudeau?

Peut-être devrais-je l'admettre: je suis un héritier intellectuel de Pierre Élliot Trudeau. Mon libéralisme est un peu à son image, c'est-à-dire individualiste et anti-communautaire. Peut-être devrais-je dire que je fait partie de cette génération qui a grandit dans l'esprit de la Charte canadienne des droits et libertés. En plus, je suis comme tout bon québécois, qui cultivent une profonde ambivalence identitaire entre les valeurs universalistes de la Charte et la spécificité historique et communautaire de l'identité québécoise. Ce qui fait de moi un fédéraliste par dépit et je me sens tout à fait à l'aise avec cette position. Elle a l'avantage de ne pas assujettir mon libéralisme à une pratique justificative visant à clamer haut et fort ma solidarité au projet de fondation de la nation canadienne ni à celle du Québec. On en voit les conséquences funestes : plutôt d'encourager l'intégration, la Charte encourage une non-intervention axiologique dans le processus d'intégration des communautés culturelles qui utilisent les valeurs universalistes canadiennes au renforcement de leur identité culturelle, ethnique et religieuse. Peut-on croire à la stabilité d'un tel modèle? Est-ce qu'une société d'individus saura remplacer les différences culturelles et historiques? Bien sûr que non en principe. Mais jusqu'à présent, le système fédéraliste parvient à s'accomoder de ces différences parce qu'il considère qu'à la base, nous sommes tous des individus. La notion de citoyenneté canadienne s'applique à des individus et fait abstraction de toutes différences historiques, culturelles et religieuses. Mais il y a quelque chose en moi qui fait que je ne peux m'y résoudre entièrement : ma spécificité historique en tant que Québécois m'incline à penser que vaut mieux vivre dans deux solitudes qui s'ignorent au sein d'un système fédéraliste. Comme ça, on pourra peut-être espérer de vivre dans le respect mutuel. Au même titre que ma génération, je suis un héritier de Trudeau. Nous sommes la preuve de la grandeur de son projet intellectuel, mais également de son échec... Nul besoin de se réclamer de lui, ni du nationalisme fédéral ni du fédéralisme pour défendre le libéralisme politique; nul besoin d'être fédéraliste pour être libéral.

jeudi, avril 26, 2007

Yann Martel : la politisation des littérateurs


La récente intervention publique de Yann Martel démontre très bien que l'intelligentsia littéraire canadienne détient une conscience claire de l'ampleur de la dérive anti-intellectualiste du néo-conservatisme canadien. Bien qu'ayant une formation universitaire, Stephen Harper est représentatif d'une élite technocratique dont l'horizon littéraire ne se réduit qu'à des manuels d'économie politique. On est bien loin d'un Pierre Elliot Trudeau qui avait lu tous les grands classiques dès son jeune âge et qui fut sensible à l'humanisme d'Émanuel Mounier ou de Jacques Maritain. Je pense que le programme de lecture de Yann Martel à l'attention de Harper est un exemple éloquent de l'écart qui se creuse entre une élite culturelle soucieuse d'humanisme et une élite politique centrée sur les seuls intérêts économiques. Signe que la figure du politicien-littérateur appartient désormais à un autre âge, signe que la culture est devenue pour l'élite technocratique non plus une valeur ajoutée à leur capital politique, mais un coût en trop pour l'économie canadienne. Signe également que l'emprise inexorable du populisme sur la culture politique canadienne prive les littérateurs de leur influence politique. Bref, le programme que Theodor Heuss, célèbre intellectuel allemand, proposait à son époque demeure encore d'actualité : il faut politiser les écrivains de façon à ce qu'ils reprennent leur droit dans l'espace public. Yann Martel a eu le courage de le faire, il faut suivre son exemple.

mardi, avril 24, 2007

Par où commencer?

Je dois admettre qu'un tel sujet n'est pas facile à aborder. Qu'est-ce que le libéralisme me dira-t-on? Y-a-t-il une différence entre le libéralisme politique et économique? Es-tu un social-traître qui fait l'apologie du social-fascisme?

Il y a différentes façons de comprendre le libéralisme. Certes, il s'agit d'une idéologie, mais d'une idéologie qui ne se réduit pas seulement à un discours visant à défendre des intérêts ou encore à une technique de gouvernement. En ce qui me concerne, le libéralisme m'intéresse dans la mesure où il s'inscrit dans l'héritage philosophique des Lumières. Elle est une méthode intellectuelle, un instrument de critique qui garde encore aujourd'hui tout son potentiel. Peut-être avons-nous tort d'attendre de lui qu'il solutionne tout les problèmes de ce monde. Je pense qu'il ne faut pas se faire trop d'illusions là-dessus. Mais cela nous permettra de prétendre à une certaine perfection de soi. Le libéralisme ne nous ménera peut-être pas vers un monde meilleur, ne réglera pas le problème de la pauvreté ou de l'injustice. Ma propre conception du libéralisme est très limitée : il ne faut pas trop se faire d'attentes quant à ses résultats. Il faut seulement espérer qu'elle fera de nous des individus meilleurs sur le plan personnel. Si le libéralisme est porteur d'espoirs publiques qui ne sont pas près de se réaliser, il peut nous aider à frayer notre chemin dans un monde semé d'embûches. Il suffit juste de ne pas se laisser distraire par les fausses promesses ni par les propagandistes de l'économie de marché ni par les populistes qui souhaitent nous dicter ce qu'est le "vrai monde" ou "le sens commun". Espérer sans se faire d'illusions, voilà par où commencer... Le libéralisme doit être anti-idéologique.

dimanche, avril 22, 2007

Nouveau blog 100% recyclé

Il y a deux ans, j'ai commencé un blog apolitique. Ne l'ayant pas entrenu depuis l'an dernier, j'ai décidé de le recycler. La cause : l'avancée électorale de l'ADQ aux dernières élections québécoises du 26 mars 2007. Ce blog est naturellement anti-adéquiste, mais ce n'est qu'un prétexte pour entreprendre des diatribes contre le populisme sous toutes ses formes partout dans le monde. C'est aussi un blog qui va m'amener à préciser ma pensée libérale. En effet, je ne suis pas un altermondialiste ni crypto-gauchiste, mais seulement un libéral progressiste (je suis membre d'aucun parti au Québec et au Canada) qui veut mettre son jugement politique au service du renouvellement d'une culture politique démocratique minée par le populisme. Oui, les barbares sont à nos portes : Montréal est devenu une forteresse assiégée par des comtés adéquistes sur la rive nord et la rive sud. On est pris à l'Assemblée Nationale avec une bande d'apprentis-politiciens qui se présentent comme l'avant-garde néo-conservatrice des banlieues. Les conservateurs à Ottawa font tous pour saboter Kyoto. Ailleurs dans le monde : Sarkozy joue les dangereux en reprenant les thèmes de l'extrême droite; en Russie Poutine censure l'opposition, Robert Mugabe emprisonne le chef d'opposition de son pays, Chavez le gauchiste n'est qu'un dictateur en puissance. Bref, il y a beaucoup de travail à faire afin de sensibiliser aux conséquences catastrophiques du populisme sur notre culture politique. Une culture politique qui doit être réinvestie par la tradition de pensée libérale. Un libéralisme éclairé qui n'a rien à voir avec le "néo-libéralisme" économiciste à la Hayek ou Friedman. Je préciserai ma pensée au fur et à mesure...

dimanche, janvier 15, 2006

Au-delà des images figées

Döring : "Der Mensch ist seiner selbst nur eine Möglichkeit, die übrigen liegen verschüttet in uns. den Abgrund unsere Seele brauchen wir nicht die unselig-machende Ordnung, den Pfahl, der zwischen Draussen und Innen eine straffe Grenze steckt. Abbauen will ich nun alles in mir: Schicksal, Liebe, Kunst sollten nur ein Sprungbrett sein. Nicht festhalten, vernichten muss man den verflossenen Tag. Weit hinter uns jenseits der starren Gebilde führet der Weg"
Karl Mannheim "Die Dame aus Biarritz. Spiel in vier Szene"

lundi, janvier 02, 2006

spirituellement drôle

"La vie est une affaire sérieuse, à cause de sa futilité."

Émile Ajar, Gros-Câlin.

samedi, octobre 15, 2005

L'origine est la fin

Vers tiré d'un poème de Karl Kraus...
- Fin officielle de ce blogue-

lundi, juin 13, 2005

La passion selon Max Weber

"On peut dire que trois qualités sont essentielles et décisives pour l'homme politique : la passion, le sentiment de responsabilité et le coup d'oeil. La passion au sens de l'attachement à une cause (Sachlichkeit) : se dévouer passionément à une cause (Sache), au dieu et démon qui l'ordonne, et non au sens de cette attitude intérieure que mon défunt ami Georg Simmel avait coutume de qualifier "d'exication stérile" et qui est le propre d'un certain type intellectuels, russe avant tout (non pas tous!), une attitude qui joue un rôle si important chez nos intellectuels également, dans ce carnaval que l'on pare du fier nom "révolution" : un goût romantique de l'excitation intellectuelle, fonctionnant à vide, sans aucun sentiment de responsabilité envers une cause (sachlich). Car la passion seule, aussi authentique qu'elle soit, ne suffit pas. Elle ne fait pas d'un individu un homme politique quand elle ne fait pas du service de la "cause", donc aussi de la responsabilité à l'égard de cette cause précisément, l'étoile qui guide l'action de manière déterminante. Et pour cela il faut le coup d'oeil (celui-ci est la qualité psychologique décisive à l'homme politique), c'est-à-dire la capacité de laisser agir sur soi les réalités, dans le recueillement intérieur et la tranquillité, donc : "la distance à l'égard des choses et des hommes". "L'absence de distance" purement et en tant que telle, est l'un des péchés mortels de tout homme politique et si on la cultive dans la jeune génération de nos intellectuels, elle les condamnera à l'incapacité politique. Car le problème est précisément de savoir comment la chaleur de la passion et la froideur du coup d'oeil peuvent être contraintes à habiter dans la même âme.

- Max Weber, Politik als Beruf

jeudi, juin 09, 2005

La chouette de Minerve

" Pour dire encore un mot sur la prétention d’enseigner comment doit être le monde, nous remarquons qu’en tout cas, la philosophie vient toujours trop tard. En tant que pensée du monde, elle apparaît seulement lorsque la réalité a accompli et terminé son processus de formation. Ce que le concept enseigne, l'histoire le montre avec la même nécessité : c'est dans la maturité des êtres que l'idéal apparaît en face du réel (Wirklichkeit) et après avoir saisi le monde dans sa substance le reconstruit dans la forme d'un empire intellectuel. Lorsque la philosophie peint sa grisaille dans la grisaille, une manifestation de la vie achève de vieillir. On ne peut le rajeunir avec du gris sur le gris, mais seulement la connaître. Ce n’est qu’au début du crépuscule que la chouette de Minerve prend son envol. "

- G.W.F. Hegel, Principes de la philosophie du droit, 1821.

Avis aux hégéliens : Cette citation provient de la vieille traduction de Kaan des Principes. Je suis bien au fait que c'est une bien mauvaise traduction...

mardi, mai 31, 2005

Tranche de vie : Du côté de Alt-Mariendorf

Il y a plus d'un ans, j'ai habité à Berlin dans un quartier appelé Alt-Mariendorf qui est un ancien village annexé aujourd'hui au quartier de Tempelhof. Une des particularité de ce quartier c'est qu'il y a un hippodrome (Trabrennbahn). J'habitait juste à côté, pouvant presque voir de la fenêtre de mon petit studio les chevaux courir. J'ai retrouvé dans un article de Kracauer des années 20 une description de ce village qui fait partie aujourd'hui de l'agglomération urbaine de Berlin.

"Mariendorf: Un faubourg de Berlin au sud de Tempelhof. On y arrive par une de ces rues interminables, toutes droites et bien trop larges, comme on en trouve dans les faubourgs de toutes les grandes villes. La circulation des véhicules y est assez irrégulières que les constructions. À gauche à l'arrière-plan, l'aéroport, plus loin, des cités, une sorte de grand building, la rase campagne. À l'arrivée se pressent trams, bus, automobiles; on dirait qu'ils tiennent un congrès de voiture ; marchands de glaces, marchandes de Bretzels, vendeurs de journaux résistent sous la chaleur de fin d'après-midi, qui est à couper au couteau et qui ne se dissipe pas. Quelques personnes dressées sur la pointe des pieds s'agglutinent autour d'un trou de la largeur d'une feuille dans la clôture en planche, derrière laquelle on entend le trot des sabots de chevaux"

"Alors commence un magnifique spectacle : la piste de course s'illumine, elle est un gigantesque anneau lumineux qui flotte librement, dans le bleu profond du ciel. Une tour au nord se met à rutiler, des guirlandes de perles brillantes scintillent sur les pavillons, les jockeys chatoient de toutes les couleurs, et la nuit s'emplit de bruits étranges. Je m'en vais avant la fin. Surt la tribune bon marché près de la sortie se pressent des jeunes gens ; sans doute des ouvriers d'usines. Les trams, les bus, les automobiles à l'extérieur tiennent toujours un congrès. Mais c'est comme ça dans tous les congrès : les gens ne savent pas s'arrêter de parler"

- Siegfried Kracauer. "Course de trot à Mariendorf", in Le voyage et la danse. Figures de ville et vues de films.

Aujourd'hui, Alt-Mariendorf est traversé d'un grand boulevard interminable où circule constamment des voitures et des bus, est habité par une classe moyenne populaire et de quelques étudiants dans une tour d'appartement entourée de parcs et de jardins. À côté de l'hippodrome, un immense complexe d'appartement où habitent une légion de personnes âgées qui eux, ont une vue directe sur le champ de course. Moi, je n'entendais de mon balcon que les bruits étranges et voyais de loin ce cercles lumineux luirent dans le ciel noir émanant du Trabrennbahn...

mercredi, mai 25, 2005

Karl Jaspers

"Comparée à ce que fut au cours de ces époques; l'homme apparaît aujourd'hui coupé de ses racines : il se sait seulement placé dans une situation historique déterminée de l'humanité. C'est seulement aujourd'hui qu'apparaît de façon explicite la conscience évidente à elle-même dans laquelle il vivait jadis, et où s'unifiaient l'existence véritable et la connaissance qu'il en avait : la vie de l'homme nous paraît s'être écoulée dans une réalité voilée pour lui-même. Nous, par contre, nous désirons pénétrer jusqu'au fond de la réalité dans laquelle nous nous trouvons. C'est pourquoi il nous semble que le sol se dérobe sous nos pieds; car depuis que s'est écroulée cette unité, soustraite à toute question, nous ne pouvons plus atteindre que séparément l'existence et la conscience de cette existence en nous-même et dans les autres. Nous réfléchissons non seulement sur le monde, mais aussi sur la façon dont nous le concevons et nous mettons en doute la vérité de chaque conception. Derrière l'unité apparente de l'existence et de la conscience, nous apercevons de nouveau la dualité du monde réel et du monde pensé. C'est pourquoi nous nous trouvons engagés dans un mouvement qui réalise à la fois une modification de la connaissance et une modification de l'existence grâce à une modification de la conscience connaissante. Nous sommes happés dans le tourbillon irrésistible des dépassements et des instaurations, des pertes et des gains, nous y sommes entraînés passivement, en sorte que nous ne pouvons exercer qu'un instant notre activité à la place que nous occupons, dans un domaine d'efficacité toujours limité. Car nous n'avons pas d'expérience directe de la situation générale de l'humanité, nous ne pouvons la saisir que dans une situation historiquement déterminée, qui s'insère elle-même dans un enchaînement de situations."

- Karl Jaspers. Die geistige Situation der Zeit, 1931.

dimanche, mai 15, 2005

Les civilisations closes

"Dans de telles limites le monde ne saurait être parfait et clos. Même si au-delà du cercle que les constellations du présent traçent autour d'un cosmos immédiatement vécu et destiné à recevoir forme, on pressent l'existence de puissances menaçantes et incompréhensibles, elles restent impuissantes à la priver de son sens. Capable de détruire la vie, elles ne sauraient attenter à l'être; elles peuvent jeter des ombres sinistres sur le monde qui a reçu forme, mais ces ombres elles-mêmes entrent dans le système des formes à titre de contrastes qui les font mieux ressortir. Le cercle métaphysique à l'intérieur duquel vivent les grecs est plus étroit que le nôtre; c'est pourquoi nous ne saurions y trouver notre place; ou mieux ce cercle dont la finitude constitue l'essence transcendantale de leur vie, nous l'avons brisé; dans un monde clos nous ne pouvons plus respirer. Nous avons découvert que l'esprit est créateur; et c'est pourquoi, pour nous, les archetypes ont définitivement perdu leur évidence objective, et notre pensée suit désormais le chemin infini de l'approximation toujours inachévée.

Nous avons découvert la création des formes et, dès lors, l'ultime achèvement manque toujours à ce qu'abandonnent nos mains lasses et découragées. Nous avons découvert en nous-même la seule vraie substance et, dès lors, il nous a fallut admettre qu'entre le savoir et le faire, entre l'âme et les structures, entre le moi et le monde, se creusent d'infranchissables abîmes et qu'au-delà de cet abîme, toute subtantialité flotte dans l'éparpillement de la réflexivité. Il a fallu, par conséquent, que notre essence devienne pour nous un postulat et qu'entre nous et nous-mêmes s'ouvre un abîme plus profond et plus menaçant."

-Georg Lukàcs. La théorie du roman.

jeudi, mai 12, 2005

Un poème sur Max Weber

Certains s’étonneront du fait qu’il existe un poème qui a été écrit sur Max Weber. Son auteur, Friedrich Gundolf, un poète reconnu comme un disciple de Stefan George, avait connu le grand sociologue pour avoir fréquenté son cercle dans les années 1910. Le voici dans son intégralité. Certes, sa valeur poétique laisse à désirer, mais il témoigne de l'admiration que l'on portait à cette figure charismatique sous la république de Weimar.

MAX WEBER

Que nulle brume débordante ne se déverse
À travers les décennies qui maintenant usent de nous
Quelqu’un soumit encore les beaux et les héro
Par son verbe d’amour, de malédiction, de menace,
Dans sa vision salvatrice et la légende des lointains.

Tu t’es jeté dans les ruines de tes journées
Aujourd’hui, délivré des enseignes pompeuses
Le cœur à nu, au travers des images
De ton horreur et de ton espoir…tu brûlas, tu jetas
Ton cheval dans chaque détour… soit que tu aies rétréci
La largeur de tes vues superbes pour les gueux,
Que tu aies exalté aux dimensions de l’histoire du monde
Jailli hors de toi-même, et jamais à l’affût
De ton bonheur, ni soucieux d’une vaine durée.
Dans l’amoncellement des masses d’ordures
Ta volonté s’est contrainte à fouiller, pour saisir,
Pour savoir, pour expier ton
Ardeur créatrice dans le sacrifice mortelle des apparences.
Toi, tenté comme pas un parmi les chimériques
Par les murmures de cieux, et par les fêtes
Plus brûlantes, les contes, les ivresses captivées…
Plus déchiré que nous par le chant des sirènes :
Faveur, pouvoir! Proclamer, exercer
Ta faveur et ton pouvoir dans le trouble frivole
Devant les prestiges du spectacle, au-dessus des abîmes,
Tu te l’es interdit, comme le plus médiocre des péchés…
Tu préfères mettre en pièce les tentures
Trop belles, et la pompe divine
Qui apaise, avant que le combat n’ait commencé.

La VÉRITÉ après le coucher des soleils
Arrachée aux illusions égorgées,
Sans salaire de l’au-delà, et parmi les larmes
Qu’un homme doit cacher à son prochain lui-même…
La vérité, dans les tumultes envoûtés,
Qui l’apprennent afin de l’échanger
Contre une foi nouvelle, ou pour la déchiqueter…
La vérité, sans le repos d’oreillers moisis
Ni remâchage de morceaux taillés d’avance…
La vérité, ou la dignité même est nue,
Lourd fardeau sur la nuque, tout ce poids
Des idoles renversées, et la pesanteur
Du firmament vidé en guise d’enfer,
Tu l’as portée, du fond du sol, à travers mille portes,
Guides dédaignant de mentir sur le but du voyage.
Et nous, doutant de tout centre immuable,
Bénissons, bien avant le but, telles démarches,
Avant l’agencement des phrases, ta voix pure,
Ton sourire réconfortant de fidélité
Élancée, vigilante, dans sa fureur… et nous osons poser
Pour l’amour de toi, les questions sans réponses.
-Friedrich Gundolf, Gedichte, 1930.

dimanche, mai 08, 2005

Les lettres de Heidelberg

Voici quelques extraits des Heidelbergi Levelek de Karl Mannheim qu'il a publié en automne 1921 dans une revue hongroise en exil. Ce sont mes traductions personnelles de la version allemande. Ce texte a récemment été traduit en anglais, mais il n'existe aucune version française. Exilé hongrois en 1921, Karl Mannheim arrive à Heidelberg et observe son environnement intellectuel.


"J’ai le sentiment du dehors d’être un étranger, comme un éclaireur envoyé de l’avant, comme un observateur isolé (vorgeschobener) d’un petit groupe d’hommes qui surveillent si à quelque part quelque chose se manifeste, s’il y a des hommes hors de leur demeure. Lorsque les hommes sont ensemble, je suis là aussi ; lorsqu’ils apprennent, j’apprends avec eux ; et je souhaiterais vivre et m’installer parmi eux mais pourtant je ne trouve pas ma place."


"De par ses signes nous pourrons apercevoir les caractéristiques d'une petite et mince couche d'hommes que sont les intellectuels progressistes allemands d'aujourd'hui. Il en a toujours été ainsi que nous, écrivains, nous en faisons partie d'une quelconque façon; et que lorsque nous écrivons, nous examinons sans toujours le savoir les opinions et les préjugés de notre caste particulière et lorsque nous prétendons écrire l'histoire des intellectuels, nous racontons non seulement l'aventure de quelques " pionniers " (Voraneilender), mais nous y participons en même temps que nous formons avec ces quelques hommes le centre du monde."


"Comment est-il possible que l’on puisse voir dans une petite ville de province l’âme de la grande Allemagne ? Le fondement (de cette question) repose communément sur une décentralisation culturelle de l’Allemagne. Les différents courants de pensée ne sont pas du même groupe d’individus cultivés d’un seul lieu ou d’une grande ville ; les nouvelles pensées, sensations ou expériences trouvent plutôt leurs points d’entrée dans de nombreuses petites villes dispersées dans les provinces. Le tout provient de traditions multiples, de plusieurs origines locales. La province et la petite ville ne sont pas le dernier lieu périphérique ou déclinant du rayonnement de la vie d’un centre culturel, mais plutôt son point d’origine."


"La communauté georgienne est vue de l’intérieur comme un laboratoire pour intellectuels en devenir dans la société d’aujourd’hui, en tant que solution à un problème " d’exil intellectuel et spirituel ". Sa finalité réside dans la fermeture d’esprit, pensant avoir trouvé par ses sentiments un fondement avec lequel elle peut s’endormir. Elle s’est refermée et s’est enveloppée dans le contenu de la culture et- en excluant du même coup les choses de ce monde- elle s’est aliénée elle-même ".

mardi, mai 03, 2005

Précisions terminologiques

Récemment, certaines personnes m'ont interrogé concernant la signification du titre de mon blogue (Ou "ologue" comme le dit VBG qui est un type de blogues plus meilleur que les autres).

Entzauberung : signifie "désenchantement". Max Weber emploie le terme "Entzauberung des Welt" (désenchantement du monde) qui fut d'abord un terme utilisé par Schiller (ou Goethe, je ne suis pas sûr). Selon J-P. Grossein :

"À partir du moment où l'on a compris que la notion de désenchantement du monde n'a rien à voir avec l'idée d'une désillusion ou d'un désappointement, cette traduction n'est, tout compte fait, pas si mauvaise pour désigner un processus de refoulement et d'élimination de la magie, soit dans le champ de la maîtrise théorique et pratique du monde (d'un jardin enchanté, le monde devient un mécanisme soumis à la causalité), soit dans le champ religieux où les conceptions et les techniques magiques du Salut sont récusées principiellement"
- M. Weber, Sociologie des religions.

Wirklichkeit : les hégéliens pourront en dire plus long que moi sur les usages de ce terme. Il signifie bien sûr "réalité", mais on traduit quelque fois par "effectivité". Chez Hegel, le réel est compris comme étant rationnel. Chez les romantiques allemands par contre, le réel est fondamentalement irrationnel parce qu'il réfère à la "vie" comme une entité qui n'est pas réductible au rationnel, défini comme un flux mouvant et insaisissable. Cette conception irrationnelle de la réalité est aussi le propre d'un certain courant positiviste néo-kantien qui postule que la réalité historique est une "masse d'événements chaotiques et sans significations a priori". Ou autrement dit, une réalité qui est irréductible à toutes tentatives de comprendre l'histoire comme étant soumise à une force supérieure indépendante de la volonté humaine (la philosophie de l'histoire).

dimanche, mai 01, 2005

La poésie ténébreuse de Bashung

Jamais d'autre que toi en dépit des étoiles et des solitudes
En dépit des mutilations d'arbre à la tombée de la nuit
Jamais d'autre que toi ne poursuivra son chemin qui
est le mien
Plus tu t'éloignes plus ton ombre s'agrandit
Jamais d'autre que toi ne saluera la mer à l'aube quand
fatigué d'erre moi dans les forêt ténébreuses et
des buissons d'orties je marcherai vers l'écume
Jamais d'autre que toi ne posera sa main sur mon front
et mes yeux
Jamais d'autre que toi et je nie le mensonge et l'infidélité
Ce navire à l'encre tu peux couper sa corde
Jamais d'autre que toi
L'aigle prisonnier dans une cage ronge lentement les
barreaux de cuivre vert-de-grisés
Quelle évasion!
C'est le dimanche marqué par le chant des rossignols
dans les bois d'un vert tendre l'ennui des petites
filles en présence d'une cage où s'agite un serin
tandis que dans la rue solitaire le soleil lentement
déplace sa ligne mince sur le trottoir chaud
Nous passerons d'autres lignes
Jamais jamais d'autre que toi
Et moi seul seul comme le lierre fané des jardins
de banlieue seul comme le verre
Et toi jamais d'autre que toi
-Alain Bashung, Jamais d'autre que toi
sur son CD "L'imprudence".

jeudi, avril 28, 2005

La nostalgie des causes perdues

Je me suis toujours laissé envahir par un désir de ne considérer que le monde qu'avec des yeux d'un antiquaire. Ce qui ne veut pas dire que le passé a prééminence sur le présent et ce qui ne fait pas de moi un espèce de réactionnaire qui regarde avec nostalgie une époque révolue. Je ne pense pas également, aux dires de certains, qu'un progressiste doit s'attacher à conserver ce qui existe déjà : c'est précisément ce genre d'attitude qui fait du progressiste un virulent réactionnaire. Certes, croire que tout est dans le présent et qu'il n'y a rien à apprendre du passé est naïf. Mais à l'inverse, croire qu'en renouant entièrement avec l'historicité du genre humain on pourrait mieux mesurer notre "contemporanéïté" ne revient qu'à invalider cette historicité pour sombrer dans une philosophie de l'histoire naïve. Kracauer résume bien ma pensée ici :

"The historian is not just the son of his time in the sense that his outlook could be defined in terms of contemporary influences. Nor is his conception of the past necessarily an expression of present interest, present thought; or rather, if it is, his agressiveness may cause the past to withdraw from him. The historian's mind is in a measure capable to moving about a liberty. And to the extent that he make use of this freedom he may indeed come face to face with things past"
- Siegfried Kracauer. History. The last things before the Last.

La position de l'antiquaire, c'est justement de faire face aux choses du passé, mais sans prétendre se les approprier pour les ramener dans le présent. Il n'a pas à ressentir les sensations du passé. L'homme du présent confronte le passé sans se laisser habiter par lui parce que, au fond de lui, il lui est complètement étranger.